Au XVIIe et XVIIIe siècle, comme si le froid du petit Ere glaciaire ne suffisait pas, un second fléau s’abattait simultanément sur les habitants
Les loups vivaient dans la région, mais le froid, le manque de gibier les faisaient sortir du bois.
Les bergers n’avaient pas peur des loups. Tous, plusieurs fois ont lancé leurs chiens aux trousses de ces voleurs de moutons. Quant aux petits gardiens de troupeaux qui ne possédaient pas de chiens, ils couraient eux-mêmes sus aux loups avec leur bâton en criant, ou bien ils leur jetaient des pierres. Et les loups animaux timides, beaucoup plus timides qu’on ne le croit, s’enfuyaient, tenaillés par la faim, mais avec, peut-être, l’espoir de trouver ailleurs une proie moins gardée. Il ne faut pas ignorer que les attaques de loups sur l’homme ont été une réalité il y a plusieurs siècles. Ce fut quand même un des fléaux les plus répandus dans les campagnes et particulièrement en Touraine.
Les vieux registres paroissiaux en parlent

C’est à La fin de l’hiver 1693 qu’un loup manifesta sa présence dans La région, en s’attaquant à Saint-Patrice à un enfant de neuf ans, qu’il dévora en partie. Cinq jours plus tard, une mère retrouva dans les landes de Continvoir les restes de sa fille Antoinette, âgée de sept ans.
Il faut dire que les enfants étaient chargés de garder le bétail dès le plus jeune âge !
En mars, c’est à Benais que « Le Loup » « fit deux nouvelles victimes, des adultes cette fois. En avril, on ne parlait plus d’un loup, mais de « La bête », tant la réputation de l’animal était établie.
Dans les registres de Luynes :
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C’est en 1695 que l’on procède à la sépulture de Renée Robineau, âgée de 8 ans « dévorée par la bête ». On n’avait retrouvé que « la moitié de son corps, depuis la tête jusqu’à l’épaule et l’estomac »

Puis la même année le curé note :
« Ce neuvième jour de septembre on nous a apporté icy les restes d’un enfant qui a été dévoré par une beste féroce à la petite Borde. Il n’avait qu’une jambe et quelques restes du corps. Faute de teste, ni bras ni eschine, à peine a-t-on pu reconnaitre ce que c’était… »
Peu après c’est Pierre Gadifet, fils de René et de Jacqueline Conier, âgé de 14 ans. Un peu plus tard on trouve Marie Sonsay, de Maumont, âgée de 10 ans, « dévorée par un loup ou autre mauvaise bête qui continue à faire un ravage épouvantable dans la région »

Les jeunes pâtres se sacrifient
Difficile encore actuellement de distinguer facilement les attaques de loups de celles de chiens errants, ceux-ci étaient aussi très nombreux, certainement dû à ce phénomène du petit âge glaciaire de l’époque ! Le climat froid et humide avait considérablement diminué les ressources alimentaires de ces animaux en hiver. Il faut en plus ajouter une augmentation de la population en zone rurale, donc une diminution des surfaces boisées, du gibier, et une interdiction dela chasse et des armes. Les armes à feu ne se généralisent qu’à partir du XIXe siècle.

Il semble que ce soit un couple de loups particulièrement agressif, qui au total s’attaqua à une centaine de personnes, petits pâtres isolés ou femmes âgées surtout. On comprend la peur qui régna sur la région pendant des années, car cinquante ans plus tard on y parlait encore de « La bête » le soir à La veillée, pour faire peur aux enfants.
Il semble que ce soit un couple de loups particulièrement agressif, qui au total s’attaqua à une centaine de personnes, petits pâtres isolés ou femmes âgées surtout. On comprend la peur qui régna sur la région pendant des années, car cinquante ans plus tard on y parlait encore de « La bête » le soir à La veillée, pour faire peur aux enfants.
Il faut dire que la description d’un cadavre que fit le curé de Nouzilly au seigneur de la paroisse, par lettre le 10 juin 1751, avait de quoi faire peur !
« Il arriva hier dans nos bois de Vaugarnault un accident bien tragique : « L’enfant de la Charité qui demeuroit chés votre métayer des Fosses Rouges y gardant les 6 bestiaux, fut dévoré et mis en pièce à huit heures du matin par les loups carnassiers et je l’enterrai à midy un quart. On apporta à l’église les tristes restes de son cadavre enveloppé dans le tablier d’une femme et couvert de ses habits plein de sang. La Beste lui avoit coupé la Trache artère et une partie de la joue droite, lui avoit mangé une cuisse séparée du corps jusqu’au genouil ; en sorte que l’os de cette cuisse tout rongé par la partie supérieure étoit dégarnie de chair comme s’il l’avait raclé exprès par un couteau. La Bête pour dévorer les intestins lui avoit mangé tout le ventre et rongé les côtes. De tous ses viscères il ne restoit qu’environ un pied de boiau et une médiocre partie de la rate »
On imagine difficilement les peurs et la souffrance que ces victimes ont dûe endurer
A Luynes en mai 1759, « c’est l’infortunée Anne Trouvé, âgée de 9 ans, née de père et de mère inconnus, qui est en partie dévorée à 8 heures du soir alors qu’elle gardait les bestiaux de la closerie du Hallier ou elle servait. »
« Le même mois Denise Darragon, âgée de 7 ans, ainsi que Louis Leperon 3 ans, connurent le même sort. De ce dernier on ne retrouve que la tête et les bras. »
Deux ans plus tard, le 1er aout 1761, c’est le tour de Pierre Dumoulin, âgé de 4 ans et dont on ne retrouve que des restes.
A la révolution des battues sont organisées avec les communes de St Etienne de Chigny, Pernay, St Roch, et l’autorité délivre 200 cartouches. Elles furent renouvelées l’année suivante. Combattus, les fauves se firent plus rares, pour enfin disparaître complètement. Les derniers furent signalés aux environs de 1870.
Voici la petite histoire d’une soirée de musique qui se termine dans les arbres !
D’après Mr A. Pacqueteau
Nous sommes à Luynes par une soirée d’hiver comme il y en a tant d’autres, où il fait bon passer et rêver devant le feu de cheminée. Vous savez ce feu que l’on regarde en s’évadant, ce feu tant décrié à notre époque au point de vouloir le supprimer. Bientôt nous dirons « Feu monsieur le feu ! »
Mais ce soir-là, les musiciens de Luynes, dont le grand père de Mr Pacqueteau, se sont réunis dans une salle, non loin de l’ancien abattoir, (du temps où il était situé vers la poste actuelle) pour une répétition et la nuit est tombée. Ils y passeraient volontiers plus de temps mais il faut rentrer dans la chaumière. Or ils aperçoivent des ombres rôder autour de l’abattoir. Certains voient des chiens mais il faut se rendre à l’évidence ce sont des loups attirés par quelques carcasses. Une bande de loups, en vadrouille, menée par un chef de meute, s’est aventurée comme rarement auprès des habitations. Les musiciens savaient tous que les loups vivaient dans les bois du Duc, mais ils ne s’approchaient pour ainsi dire jamais des habitations. Les chiens veillaient….

Evidemment ce soir, point de chiens pour les pourchasser et le danger se faisant réel, ils se séparent. Certains enfourchent leurs vélos, par contre le grand père et un autre musicien eux, emmitouflés dans leurs pelisses, bonnets sur la tête, les sabots garnis de paille, s’en retournent à pied par les chemins vers leur famille. Hélas, tous les chemins ne se valent pas et le chemin de la varenne le long du ruisseau de la Grande Boire, ordinairement paisible se révèle sous un bien mauvais jour.
Les loups avaient décidé de les suivre ! nos musiciens comprennent vite qu’il faut mieux se réfugier dans les arbres, mais les loups se rassemblent au pied de ceux-ci dans l’attente d’un éventuel repas.
Que faire ? Eh bien, ils firent brûler une à une leurs partitions musicales pour éloigner les loups jusqu’au petit matin !
Autant dire que cela marqua fortement les esprits du Village.


